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Dom Juan
Classicisme Prose Bac

Comment se déroule la scène de la statue du Commandeur dans Dom Juan de Molière ?

Questions & réponses · Molière
Claire Beaumont
4 min de lecture · 22 August 2026

La statue du Commandeur est l'un des éléments les plus spectaculaires de Dom Juan de Molière (1665). Pour en comprendre le déroulement, il faut remonter à l'acte III, moment où Dom Juan — grand seigneur libertin, séducteur impénitent dont le valet Sganarelle observe les excès avec effroi — visite le mausolée du Commandeur, un homme qu'il a tué en duel. Par provocation, il s'adresse à la statue de pierre et l'invite à souper. La statue hoche la tête en signe d'acquiescement : le surnaturel fait irruption dans la pièce pour la première fois.

La visite de la statue (acte IV, scène 8)

À l'acte IV, au milieu d'une série de créanciers, de fantômes du passé et de la venue du propre père de Dom Juan, la statue se présente effectivement au repas. La scène est construite sur un retournement du quotidien : un convive de pierre s'assoit à la table des vivants. Dom Juan, fidèle à son personnage, refuse de manifester la moindre crainte. Il répond à la statue avec le même aplomb qu'il affiche face aux hommes, maintenant sa posture d'incrédulité au surnaturel — ou du moins l'apparence de cette posture. La statue, pour sa part, ne fait que peu de discours : c'est son seul déplacement qui constitue le message. Elle invite Dom Juan à venir souper chez elle le lendemain, retournant ainsi la proposition initiale contre son auteur.

Le châtiment final (acte V, scène 6)

C'est à l'acte V que la scène atteint son point culminant. Dom Juan, loin de se repentir, vient de feindre une conversion hypocrite pour déjouer les reproches de son père — preuve que son libertinage s'étend désormais à la religion elle-même. La statue reparaît alors et lui tend la main, l'invitant à la prendre. Dom Juan saisit cette main, et dans l'instant, un tremblement, du feu et des éclairs marquent sa disparition : il est englouti, damné. Sganarelle, resté seul en scène, ne prononce que quelques mots amers sur ses gages impayés — réplique finale qui détourne la morale attendue vers l'ironie.

La fonction dramaturgique de la statue

La statue remplit plusieurs rôles simultanément dans la pièce. Elle est d'abord le bras armé de la justice divine : dans la tradition du mythe de Don Juan (que Molière reprend après Tirso de Molina et d'autres), c'est le mort lui-même, sous forme de pierre animée, qui exécute la sentence que les hommes — père, fiancées, créanciers — ont été incapables de faire appliquer. Elle est ensuite un défi à la vraisemblance classique : Molière introduit délibérément le merveilleux dans une comédie, ce qui fut l'une des raisons de la polémique autour de la pièce.

La statue fonctionne aussi en miroir inversé de Dom Juan. Le Commandeur avait été tué parce qu'il défendait l'honneur de sa fille contre les entreprises du séducteur ; sa statue de pierre, immobile et muette dans le mausolée, semblait incarner l'impuissance du juste face au libertin. Mais la pierre s'anime précisément là où Dom Juan croyait ne rencontrer aucune résistance : dans le domaine du surnaturel qu'il nie. Ce retournement constitue la structure profonde du dénouement.

Une scène à effets spectaculaires

Sur le plan théâtral, Molière exploite pleinement les ressources de la machinerie baroque héritée de la tradition italienne. Les décors à transformation, la trappe par laquelle disparaît le comédien, les éclairs produits par des artifices de scène : tout concourt à frapper le public. Cette dimension spectaculaire tranche avec l'esthétique de sobriété qui caractérise en général le classicisme, et elle témoigne que Dom Juan est une œuvre inclassable, à mi-chemin entre la comédie de caractère et le drame à machines.

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