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Dom Juan
Classicisme Prose Bac Section 20 / 20

La noblesse et ses devoirs

Thèmes & motifs · Molière
Claire Beaumont
3 min de lecture · 19 July 2026

Dans Dom Juan (1665), Molière ne se contente pas de peindre un libertin séducteur : il met en procès une noblesse qui brandit ses titres tout en trahissant les devoirs qui les fondent. La question de ce que signifie être noble traverse la pièce de bout en bout, portée par un personnage qui retourne les codes de sa caste à des fins purement personnelles.

Une noblesse revendiquée comme privilège, non comme obligation

Dès les premières scènes, Dom Juan — fils du seigneur Dom Louis, engagé envers Done Elvire qu'il a enlevée d'un couvent avant de l'abandonner — use de son rang comme d'un bouclier. Lorsque ses créanciers ou ses victimes l'interpellent, la conscience de sa naissance suffit à ses yeux à clore le débat. Cette posture atteint son sommet dans la scène du pauvre (acte III, scène 2) : face à un mendiant qui lui demande l'aumône, Dom Juan subordonne le don à un blasphème, faisant de la générosité — vertu cardinale du noble — une monnaie d'échange pour sa propre provocation. Le geste final, donner « pour l'amour de l'humanité », vide la charité de toute dimension morale et réduit la grandeur seigneuriale à un caprice.

Dom Louis : la voix d'une noblesse vertueuse

C'est par le discours de Dom Louis (acte IV, scène 4) que Molière formule le plus explicitement la thèse adverse. Le père rappelle à son fils que la noblesse n'est pas un héritage automatique mais une exigence permanente : la vertu seule légitime le sang, et un noble sans mérite déshonore ses ancêtres plus qu'un roturier vertueux ne les honore. Cette tirade n'est pas qu'un sermon paternel ; elle énonce la conception classique et humaniste du mérite nobiliaire, que Dom Juan écoute avec une indifférence ostensible. Le fossé entre les deux hommes est celui d'une aristocratie en crise, partagée entre l'idéal moral hérité et la réalité d'une noblesse de cour qui vit de son prestige sans en assumer les charges.

L'hypocrisie comme ultime perversion du code

La dégradation atteint son comble à l'acte V, lorsque Dom Juan, après la remontrance de son père, feint une conversion. Loin d'un retour aux devoirs nobiliaires, il théorise l'hypocrisie comme un vice à la mode (acte V, scène 2), un art social qui permet de concilier les apparences de la vertu et la licence des mœurs. Ce renversement est décisif : Dom Juan ne rejette pas la noblesse, il en exploite les codes symboliques — le respect dû à la parole, la réputation d'honneur — pour mieux les vider de leur substance. L'habit du converti devient la dernière ruse du libertin.

Un miroir tendu à la société du Grand Siècle

En faisant de Dom Juan un grand seigneur plutôt qu'un aventurier anonyme, Molière oriente la satire vers la classe dominante elle-même. Sganarelle, le valet, perçoit les fautes de son maître mais reste paralysé par la hiérarchie sociale — preuve que le rang continue d'imposer une fascination même à ceux qu'il opprime. La foudre divine qui clôt la pièce ne restaure pas l'ordre nobiliaire : elle sanctionne un individu, sans que la société qui l'a produit soit remise en question. C'est dans cet écart — entre la punition du coupable et l'impunité du système — que réside le plus vif de la critique moliéresque.

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