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Lettres persanes
Lumières Prose Bac

Quel est le point de départ du voyage de Rica et Usbek dans les Lettres persanes de Montesquieu ?

Questions & réponses · Montesquieu
Claire Beaumont
3 min de lecture · 17 August 2026

Les Lettres persanes (1721) de Montesquieu s'ouvrent sur un départ : celui de deux Persans, Usbek et son jeune ami Rica, qui quittent Ispahan — grande ville de l'Empire perse et lieu de résidence d'Usbek — au printemps de l'année 1711. C'est la lettre I, adressée par Usbek à son ami Rustan resté en Perse, qui pose ce point de départ et en expose les premières raisons.

Un départ depuis Ispahan

Ispahan n'est pas un décor anodin. Capitale impériale, ville de cour et de pouvoir, elle représente le monde que les deux voyageurs laissent derrière eux. Pour le lecteur du XVIIIe siècle, la Perse évoque un Orient à la fois fascinant et mal connu, nourri de récits de voyageurs réels comme Jean Chardin ou Jean-Baptiste Tavernier, dont Montesquieu s'est documenté. En choisissant Ispahan comme point d'origine, l'auteur ancre son roman dans une géographie crédible tout en construisant le regard étranger qui donnera toute sa force satirique à l'œuvre.

Les motivations officielles : la curiosité et le savoir

Dans la lettre I, Usbek présente son voyage à Rustan comme une quête intellectuelle. Il explique qu'il a voulu s'arracher à l'ignorance et chercher la sagesse auprès d'autres peuples. Cette motivation philosophique est caractéristique de l'idéal des Lumières naissantes : le voyage comme instrument de connaissance, le dépaysement comme condition de la réflexion critique. Rica, plus jeune et plus léger dans ses lettres, incarne quant à lui une curiosité plus spontanée et moins chargée de gravité morale.

Les motivations réelles : une fuite politique

Mais la lettre I révèle aussi, en creux, une autre raison du départ. Usbek laisse entendre qu'il a déplu à la cour en y défendant la vertu contre les flatteries et les intrigues des grands. Sa franchise lui a valu des ennemis puissants, et rester à Ispahan représentait un danger. Le voyage est donc aussi une forme d'exil volontaire, voire d'exil contraint déguisé en démarche philosophique. Cette ambiguïté sur les motifs du départ donne d'emblée de la profondeur au personnage d'Usbek : il n'est pas seulement l'observateur naïf et candide, il est un homme qui a quelque chose à fuir.

L'itinéraire avant Paris

Le voyage d'Ispahan à Paris ne se fait pas en ligne droite. Les lettres permettent de reconstituer un itinéraire qui passe par Com (ville sainte de Perse), puis par Erzurum, Tocat, Smyrne (Izmir) et Livourne en Italie, avant d'arriver en France. Ces étapes intermédiaires donnent lieu à quelques lettres sur des civilisations et des pratiques rencontrées en chemin, mais c'est bien Paris qui constitue la destination principale et le vrai théâtre de la satire montesquiévienne.

Un départ qui fonde le dispositif du roman

Ce point de départ géographique et narratif est bien plus qu'une simple convention romanesque. En éloignant ses personnages de leur pays d'origine, Montesquieu crée le regard étranger — procédé rhétorique central de l'œuvre — qui permet de décrire la société française comme si elle était vue pour la première fois. Ce que les Français considèrent comme naturel, évident ou sacré devient, sous la plume des Persans, étrange, absurde ou arbitraire. La distance entre Ispahan et Paris est donc avant tout une distance critique, un écart qui rend possible la mise en question de l'absolutisme, de la religion et des mœurs européennes.

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